Mercredi dernier, le tabloïd The Sun avait publié (page 6) un sondage réalisé à Dublin auprès de 501 personnes, au terme duquel 39% s'apprêtaient à voter "non", 31% à voter "oui" et 30% d'indécis. Mais rien n'est joué : on attend pour ce week-end un sondage qui donnerait le "oui" en tête. (Lire ici l'article du 8 juin ) Le "non" est défendu en Irlande par diverses personnalités et associations dont la campagne est particulièrement efficace. Les adversaires irlandais du traité dénoncent des failles dans le texte signé à Lisbonne qui, expliquent-ils, font courir à l'Irlande le risque de perdre le contrôle notamment en matière de fiscalité, de commerce, ou de moeurs - sur l'avortement par exemple - et menacent sa neutralité militaire.
"Il faut bien laisser plâner quelques illusions" L'Irish Farmers Association, dont les leaders suivaient au départ leur base très hostile au traité (et au Commissaire Peter Mandelson), s'est finalement ralliée, le 3 juin, au camp du oui après discussions avec le gouvernement irlandais. Ce dernier a fini par promettre d'opposer un veto sur l'importation de viande et de lait, faute d'accord acceptable à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Or, il n'y a évidemment pas de veto des Etats-membres à l'OMC en matière agricole, puisque c'est l'Union qui négocie en leur nom.
"Il faut bien laisser planer quelques illusions", avoue un fonctionnaire français (Le Monde, 6 juin)
A Bruxelles, on retient son souffle et on a décidé d'ajourner au lendemain du référendum les sujets qui fâchent les Irlandais, comme l'harmonisation de la fiscalité européenne, la défense européenne ou la politique agricole commune.
En cas de "non" irlandais, la stratégie est claire : "
on négocie quelques opt outs avec l'Irlande et on soumets le même texte" avoue-t-on à la représentation permanente de la France auprès de l'UE. C'était également la conclusion d'une rencontre la semaine dernière à Bruxelles entre le Président de la délégation pour l'Union européenne à l'Assemblée, Pierre Lequiller, et son homologue allemand.
Autrement dit, le pays qui dit "non" se trouve en position de force pour renégocier... En Irlande où le référendum est obligatoire, cela ne fait pas de doute, puisqu'il faudrait revenir devant le peuple irlandais avec un texte nouveau ou en tous cas amendé.